L’HISTOIRE DE L’AQUARELLELA PREMIÉRE PEINTURE ÉTAIT UNE AQUARELLEDes pigments à base aqueuse ont été utilisés pour créer des peintures retrouvées dans des cavernes préhistoriques et de nombreuses peintures murales, notamment celles des chambres funéraires, en Égypte. Il y a plusieurs siècles, les Chinois peignaient sur de la soie avec des encres et des colorants solubles à l’eau. En Occident, l’aquarelle tire son origine de l’enluminure que l’on retrouvait sur les manuscrits des monastères de l'Europe médiévale. Des pigments solubles à l’eau étaient utilisés pour peindre sur du vélin ou du papier – ce qui n’est pas loin de définir la forme artistique privilégiée par la plupart des sociétés contemporaines d'aquarellistes! LES PREMIERS MAÎTRES DE LA RENAISSANCE Raphaël a utilisé l’aquarelle pour peindre les gigantesques cartons de tapisseries ou dessins de travail qu’il livrait aux fabricants de ces tapisseries d’une grande richesse. Aujourd’hui, ces cartons de tapisserie représentent des œuvres d’art importantes, mais, parce que ceux-ci constituaient alors une " étape " de la production d’une tapisserie, bon nombre de gens de cette époque considéraient l’aquarelle comme un ouvrage préparatoire, c’est-à-dire une ébauche. Albrecht Dürer, le personnage dominant de la Renaissance en Europe du Nord, fut le premier artiste de renommée mondiale à traiter ses aquarelles sur un pied d'égalité avec ses autres œuvres à la tempéra ou à l’huile. L’ÂGE DES EXPLORATEURS DONNE NAISSANCE À L’ÈRE DE L’AQUARELLE Vers la fin des années 1400, les Européens se mirent à parcourir le monde, en faisant la conquête de colonies et en se créant des partenaires de commerce. Les explorateurs étaient accompagnés de cartographes et de topographes qui étaient souvent des artistes amateurs. En 1577, John White accompagna l’expédition de Sir Martin Frobisher en quête du Passage du Nord-Ouest. Les aquarelles de White, représentant des hommes et des femmes inuits, constituent un témoignage exceptionnel des premiers contacts établis entre la culture européenne et la culture nord-américaine – et se rangent parmi les œuvres canadiennes les plus anciennes de ces explorateurs. L’AQUARELLE DEVIENT UN ART HAUT DE GAMME Vers cette époque, les portraits miniatures en aquarelle sur carton ou sur ivoire devinrent extrêmement populaires. Ces articles personnalisés, uniques et prestigieux, étaient d’une largeur d’à peine quelques centimètres. De nos jours, la valeur des œuvres des meilleurs aquarellistes miniaturistes de cette époque, comme Nicholas Hilliard ou Isaac Oliver, atteint des sommes extraordinaires dans les ventes aux enchères. Sur le plan du ratio " dimensions/prix ", elles se rangent parmi les peintures les plus précieuses du monde! L’AQUARELLE GAGNE EN POPULARITÉ Les aquarelles se taillèrent une place importante dans les années 1700. Les meilleures écoles militaires, notamment la British Woolwich Military Academy, attachaient beaucoup d'importance à l'initiation des officiers supérieurs au dessin et à la peinture, un talent vital pour planifier des attaques ou des sièges. Ces hommes, invariablement issus de la classe supérieure, ont mis cette habileté en application dans leur vie civile et l’idée de tenir un journal personnel de croquis ou de peintures est devenue partie intégrante des réalisations attendues des étudiants inscrits aux études classiques. Les jeunes hommes qui faisaient partie du grand tour étaient souvent accompagnés d’un maître en dessin. L’aquarelle était idéale pour ces voyageurs. Les couleurs se transportaient bien, séchaient rapidement et une trousse n’exigeait que quelques peintures et pinceaux. Ces couleurs devaient toutefois être moulues et mélangées dans l’atelier de chaque artiste. La popularité de cette forme d’expression a créé une demande de matériel de bonne qualité. Winsor-Newton, qui est encore en affaires de nos jours, a commencé à produire des couleurs pour les académies militaires et pour les particuliers. L’APPARITION DE FEMMES AQUARELLISTES Certaines femmes profitèrent de la disponibilité de ces nouvelles peintures pour colorier des gravures en noir et blanc, un passe-temps populaire vers la fin des années 1700. Au début des années 1800, les croquis et l’aquarelle faisaient partie de l’éducation des filles de la classe supérieure, laquelle était assurée par des précepteurs ou professeurs particuliers. La reine Victoria elle-même prit des leçons de maîtres comme Edwin Landseer et tirait grande fierté des peintures se trouvant dans ses journaux intimes. Son exemple popularisa cette forme d'art dans tout le monde anglo-saxon. L’AQUARELLE ATTEINT SON SOMMET L’importance accordée à cette formation signifiait que la classe la plus riche appréciait l’habileté requise pour produire une aquarelle de qualité. Cette forme d’art est devenue très populaire et, par exemple en Grande-Bretagne, au milieu des années 1800, les expositions régulières de la Royal Watercolour Society étaient aussi populaires que celles de la Royal Academy. Des sociétés nationales d’aquarellistes furent fondées dans la plupart des pays de l’Occident. Après plusieurs tentatives qui se sont révélées vaines vers la fin du XXe siècle, la Société canadienne de peintres en aquarelle fut fondée, en 1925. LA CONCURRENCE SE FAIT SENTIR Les meilleurs aquarellistes avaient toujours expérimenté avec cette forme d’art. Richard Parkes Bonington, J.W.M. Turner ou John Singer Sargent en sont de bons exemples. Toutefois, vers la fin du XXe siècle et vers le début du XXe siècle, l’apparition de la photographie, de l’impressionnisme et du post-impressionnisme rendirent cette forme d'expression démodée. Vers la fin du XXe siècle, on enseignait rarement cette dernière, même dans les meilleures écoles d’art. L’aquarelle a survécu en tant qu’outil d’artistes commerciaux et dans les rendus d’architecture. L’AQUARELLE SORT DE L'OMBRE Les années 70 et 80 ont amené un renouveau dans l’intérêt manifesté à l’égard de l’art du XIXe siècle de la part des collectionneurs et des académiciens. La tenue d'expositions fort publicisées d’æuvres de maîtres anciens et d’artistes contemporains novateurs a démontré que cette forme d'art se prêtait bien à toutes les formes d’expression artistique. Cette révélation, combinée avec l’intérêt parallèle exprimé par la classe moyenne instruite et en mesure de voyager dans le monde entier, a mené à une demande renouvelée de cours d’aquarelle. Les sociétés d’aquarellistes, qui avaient eu beaucoup de difficulté à "survivre"dans les années 60 et 70, étaient redevenues à la mode. De nos jours, la plupart des grands musées d’art ont des galeries spéciales, répondant aux normes de conservation requises, où leurs collections d'aquarelles peuvent être régulièrement exposées. L’aquarelle constitue souvent le moyen d’expression de choix en cette ère consciente de la pollution de l’environnement. Et d’excellents produits sont mis à la disposition des artistes. En effet, la technologie moderne a produit des peintures qui possèdent une solidité plus prononcée de la couleur à la lumiàre (c’est-à-dire qui sont résistantes à la décoloration). Les peintures à l’huile solubles à l’eau remettent en question l’ancienne définition de ce qui constitue une aquarelle. Des gels et autres additifs, ainsi que de très grandes feuilles de papier à aquarelle de qualité sont maintenant disponibles. On expérimente en ce moment avec des vernis et des glacis susceptibles de pouvoir protéger la peinture et d’éliminer ainsi la nécessité d’encadrer l’aquarelle sous une vitre protectrice, comme c’est actuellement la norme. Texte tiré d’un article d’Anthony J. Batten [Traduction libre] Un aquarelliste contemporain peut rivaliser avec les peintres les plus avant-gardistes utilisant d’autres moyens d'expression. Anthony J. Batten |
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